Íngrid Betancourt Pulecio, née à Bogotá le 25 décembre 1961, est une femme politique franco-colombienne. Elle a été enlevée par les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) le 23 février 2002 en même temps que sa directrice de campagne Clara Rojas et a été libérée le 2 juillet 2008 (soit après 2 321 jours).
La France, la Suisse et l'Espagne avaient proposé le 13 décembre de créer une zone démilitarisée sous contrôle international dans le sud-ouest du pays, pour négocier un accord entre le gouvernement et les FARC sur un échange de prisonniers.
Les FARC ont toutefois exclu début janvier tout échange humanitaire entre leurs otages et les guérilleros emprisonnés tant que le président Uribe serait au pouvoir.
L'affaire Betancourt a été au coeur de plusieurs tensions diplomatiques entre la France et la Colombie. La dernière a eu lieu en septembre, la Colombie accusant la France d'envoyer sans consultation un émissaire auprès de la guérilla des FARC.
UN ENLÈVEMENT QUI ARRANGE BEAUCOUP DE MONDE :
Il y a maintenant douze ans, Ingrid Betancourt mettait de côté sa vie tranquille de mère de famille expatriée pour retourner dans son pays et se battre pour en changer l’avenir. Son pays, la Colombie, était au bord du gouffre, saigné par des années de guerre. Pris entre la guérilla marxiste, les paramilitaires, les cartels de la drogue et les politiciens impuissants ou corrompus, peu de gens osaient se lever pour tenter d’offrir une autre vision d’avenir au peuple colombien. Ingrid Betancourt, elle, décide de le faire.
Elle condamne la corruption et la violence, se bat pour le développement régional, pour les plus démunis. Ell e est élue député en 1994, puis sénateur en 1998. Elle fonde son propre parti et compte se présenter aux élections présidentielles de mai 2002. Mais, trois mois avant les élections, Ingrid et sa directrice de campagne, Clara Rojas, sont enlevées par les FARC, les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie. Ingrid Betancourt est une empêcheuse de tourner en rond pour ceux qui font la ruine de la Colombie. Elle se bat avec une folle énergie. Sa popularité est grandissante. Elle gêne des gens de tous les camps. Son enlèvement arrange, décidément, beaucoup de monde…
SA MEILLEURE CHANCE DE SURVIE
L’enlèvement est pratique courante en Colombie. L’assassinat tout autant. Aujourd’hui, Ingrid serait peut être morte si son combat n’était pas connu au-delà des frontières de son pays. Que l’on croie ou pas qu’elle est la femme providentielle dont la Colombie a besoin, n’est pas très important. Elle qui a tout sacrifié pour son pays, mérite, comme des milliers d’autres otages, de ne pas sombrer dans l’oubli médiatique. Sa meilleure chance de survie, c’est qu’on parle d’elle. Très vite, des Comités de soutien à Ingrid Betancourt se constituent. Leur objectif: oeuvrer à la libération de la jeune femme et de son assistante. Leur détention sera longue, très longue. Aujourd’hui encore, près de quatre ans après leur enlèvement, les deux femmes sont toujours prisonnières.
Mais les Comités ne baissent et n'ont jamais baissé les bras. Ils s’assurent en permanence que les media continuent de s’intéresser à elles, que les associations, que les politiques, que les diplomates s’impliquent dans la recherche d’une issue qui leur soit favorable. Et, pour commencer, de faire en sorte que le gouvernement colombien sache que les pays libres suivent l’affaire de près. Car, "oublier Ingrid et Clara, c’est les condamner à mort " …
DES PREUVES DE VIE
Le 2 octobre 2002, des rumeurs de la mort d’ Ingrid Betancourt inquiètent au plus haut point les comités de soutien à travers le monde. Selon la police colombienne, Ingrid aurait succombé à l’épuisement et au paludisme et aurait été enterrée dans une forêt des Andes. Police et armée colombiennes tenteraient, sur place, de vérifier les assertions dans ce sens de dizaines de villageois. Le ministre canadien des Affaires étrangères avait montré un vif intérêt pour la libération d’Ingrid Betancourt lors d’une rencontre avec sa soeur Astrid. Celle ci avait demandé l’appui officiel du gouvernement d’Ottawa pour un "accord humanitaire" consistant en un échange de prisonniers.
Il faut rappeler que plus de trois mille personnes se trouvaient alors séquestrées (par la guérilla ou d'autres organisations) dans un pays ravagé par plusieurs dizaines d’années de guerre civile. Les FARC se disaient prêts à un tel échange, mais le Président colombien Alvaro Uribe, récemment élu, estimait qu’un accord ne pouvait intervenir que dans le cadre d’un nouveau processus de paix. De son côté, le président du Comité canadien de soutien considérait qu’Ottawa et d’autres gouvernements, Paris notamment, disposaient de la crédibilité nécessaire pour demander aux FARC une preuve de vie et pour entamer ensuite des négociations "avant qu’il ne soit trop tard ". Les nouvelles d’Ingrid Betancourt parvinrent à sa famille sous la forme d’une cassette vidéo. Dans ce document de vingt-deux minutes, l’otage apparaît très éprouvée physiquement et fait part de sa détresse morale ainsi que des conditions extrêmement dures de sa détention. Mais elle fait preuve aussi d’une grande lucidité et d’une absolue fidélité à ses principes.
Elle estime que la libération des otages civils retenus comme prisonniers politiques est de la seule responsabilité des rebelles. "Les FARC doivent faire un geste unilatéral de paix, c’est- à- dire des libérations humanitaires " explique-t-elle. Elle exhorte aussi les autorités colombiennes à échanger les rebelles emprisonnés contre les soldats et policiers détenus par les FARC. "L’échange est l’obligation morale d’un État démocratique " affirme-t-elle. Par contre, elle se dit opposée à un accord humanitaire pour un échange de prisonniers entre des civils et des guérilleros: "C’est une position de principe et je souhaite que ma famille le comprenne", lance-t-elle. Mais depuis lors, rien n’a vraiment bougé…
" LORSQUE JE SERAI PRESIDENTE… "
Ingrid Betancourt est un personnage atypique dans son pays. Fille d’un ancien ministre de l’Éducation et d’une mère sénateur, elle a vécu la majeure partie de son enfance à l’étranger, surtout en France où elle a fait Sciences Po. Elle vivait une vie tranquille de mère de famille quand, soudain, elle décide de tout laisser tomber pour rentrer dans son pays et agir. Elle veut se battre pour son peuple. Elle travaille à l’élection de sa mère au sénat puis entre au ministère des Finances. Après quelques années, déçue par le peu de résultats qu’elle obtient, Ingrid décide de se lancer elle même en politique avec son amie Clara Rojas. Elle est élue député. Elle n’a de cesse de dénoncer la corruption des politiques.
Résultat: elle est menacée de mort à plusieurs reprises et échappe de peu à un attentat. Elle est régulièrement la cible des journaux qui portent contre elle les accusations les plus odieuses. Plusieurs fois, elle doit publiquement défendre son honneur mais elle en sort toujours blanchie.
En 1998, elle fonde son propre parti, "Oxygène" et se présente au sénat. Contre toute attente, elle remporte le plus de voix au niveau national ! Elle est bientôt convaincue que la seule façon efficace de changer le système est de se faire élire à la Présidence. Fin 2001, elle démissionne donc de son poste de sénateur et s’en va en lançant un retentissant: "Lorsque je serai Présidente, je vous démissionnerai tous !" Les élections ont lieu en mai 2002. Le 23 février, le destin d’Ingrid Betancourt va basculer sur la route de San Vicente…
TOUR DE PASSE- PASSE
Ce jour là, la jeune femme s’apprête à se rendre dans cette petite ville située dans une enclave cédée par le gouvernement aux FARC dans le cadre des négociations de paix. San Vicente a, comme maire, un élu officiel du parti créé par Ingrid. Au lendemain des élections locales, elle-ci avait promis d’aller soutenir dans leurs difficultés les paysans de la ville. " Je viens chez vous, avait elle annoncé, exiger des garanties pour la cette zone démilitarisée dont la population civile a joué un rôle important en acceptant que son territoire soit transformé en laboratoire de paix. C’est maintenant à tous les Colombiens d’agir pour que cette région ne devienne pas une terre de barbarie et de terreur " . Mais le contexte politique n’était guère favorable.
Deux jours plus tôt, le gouvernement avait rompu les négociations de paix et, le jour de l’enlèvement, l’armée lançait une offensive pour reprendre la zone aux FARC. Le samedi 23, Ingrid devait, à la suite d’un accord avec le frère du Président de la République (à l’ époque, M. Pastrana qui se rendait aussi à San Vicente) prendre place dans un des hélicoptères présidentiels.
Toutefois, à la dernière minute, M. Pastrana lui fit dire, par un de ses généraux, qu’elle ne pouvait pas s’embarquer. C’était un comble : une candidate officielle à la Présidence de la République se voyait interdire le moyen de transport le plus sûr alors que des dizaines de journalistes, eux, en bénéficiaient! Finalement, les services de sécurité colombiens lui prêteront une voiture banalisée. Peu de temps après, elle était kidnappée avec son amie…Plus tard, le Président Pastrana confiera : "Si vous croyez que j’allais me laisser damer le pion par Ingrid "…
"UNE INJUSTICE SOCIALE CONSIDÉRABLE "
Deux semaines plus tard seulement, l’association "Les amis d’Ingrid Betancourt " publie un premier communiqué: "La Colombie est en guerre – non déclarée mais réelle- depuis une quarantaine d’années. La violence endémique dans ce pays a causé environ deux cent mille morts. Les assassinats indiscriminés -pratiquement jamais élucidés- ont atteint toutes les couches de la population: des candidats à la Présidence, des leaders politiques, des juges, des journalistes,des prêtres, des syndicalistes, des paysans, des Indiens, des défenseurs des Droits de l’Homme. Ils ont été perpétrés aussi bien par des groupes paramilitaires, que par l’armée, les cartels de la drogue, des délinquants de droit commun, la guérilla.
A l’origine du conflit, une injustice sociale considérable dans ce pays riche où s’affichent des fortune indécentes alors que plus de cinquante pour cent de la population vit en état de pauvreté". Rappelant " l’immense responsabilité de la classe dirigeante" qui "ne veut rien céder et semble convaincue que la paix s’obtiendra par les armes, dût-elle coûter encore des milliers de vies humaines et des déplacements internes de populations", l’association réclame la libération de celle "qui se bat pour la justice sociale, contre la corruption, pour la défense des plus pauvres " .
Depuis l'enlèvement et sous l'impulsion des comités, toutes les formes de manifestations se relaient dans de nombreux pays, y compris, évidemment, en Colombie : occupation pacifique de la cathédrale de Bogota, appels au Président Uribe ("Sauvez la vie de trois mille fils de Colombie " ) , marches de soutien, défilés, intervention sur les télévisions et dans les radios, messages sur le site Internet, et même des T-shirts, posters, ballons. Des centaines de villes à travers l’Europe (au nombre de 1.500 en décembre 2005) élisent Ingrid Betancourt citoyenne d’honneur pour célébrer son courage. Et toujours des demandes renouvelées d’intervention adressées au gouvernement de Bogota. Un an, deux ans passent. Quelques timides tentatives sont lancées, tantôt par les FARC, tantôt par les autorités colombiennes. Sans résultat.
UNE SI LONGUE ATTENTE
Le 31 août 2003, une deuxième vidéo est diffusée. Clara Rojas, l’amie et directrice de compagne d’Ingrid qui a refusé d’être libérée pour rester avec elle, est aussi vivante et apparemment en bonne santé. Elle explique, entre autres, qu’elles ont changé vingt-cinq ou vingt-six fois de campement depuis leur enlèvement, qu’Ingrid a fait trois grèves de la faim et qu’il avait fallu la ligoter pour lui administrer du sérum et lui sauver la vie.
Le 18 août 2004, le Président Uribe rend publique une offre (la toute première) qu’il a faite aux FARC un mois plus tôt. Il acceptait de libérer cinquante guérilleros "qui n’ont pas de sang sur les mains" contre tous les otages "échangeables", soit soixante membres du Congrès, des militaires, des politiciens et trois Américains. "Inacceptable " répondent les FARC.
Janvier 2005. Un émissaire des FARC qui se trouvait à Caracas (Vénézuéla) pour rencontrer des responsables suisses chargés de négocier la libération des otages, est enlevé en plein jour dans le cadre d’une opération commanditée par le gouvernement colombien.
23 février 2005, troisième anniversaire de l’enlèvement. Déclaration d’un député à la Chambre des Communes à Ottawa: "J’invite tous mes collègues à faire un geste pour que cet anniversaire soit le dernier " .
27 Juillet 2005. Enfin, une ouverture! Après la première libération (depuis 2001) d’un otage par les FARC, un émissaire du gouvernement français rencontre, avec l’accord de Bogota, un représentant des guérilleros. Quelques jours plus tard, le Président Uribe, reçoit la mère d’Ingrid Betancourt. Il autorise alors son Commissaire à la Paix à rencontrer les FARC "au jour, à l’heure et à l’endroit où ils le souhaitent" pour discuter d’un échange de détenus. Trois mois plus tard, les FARC n’ont toujours pas donné de réponse...
En 2007, un otage des FARC, le sous-officier colombien John Frank Pinchao Blanco, parvenu à s'échapper, s'exprime sur ses difficiles conditions de détention et livre des indices dans la recherche d'Íngrid Betancourt. Il indique avoir rencontré l'otage le 28 avril 2007 et affirme qu'elle a essayé à cinq reprises de s'échapper[11].
Pour autant, ces déclarations suscitent un regain d'intérêt pour la libération d'Íngrid Betancourt[réf. nécessaire]. Le président Álvaro Uribe annonce le 4 juin qu'il a libéré sans condition le chef guérillero des FARC, Rodrigo Granda, à la demande expresse de son homologue français Nicolas Sarkozy. Par ailleurs, Álvaro Uribe a annoncé la libération à venir de plus de 150 rebelles repentis afin d'inciter la guérilla à libérer ses otages. Au lendemain de sa libération, le chef guérillero a critiqué ce processus, qualifiant les rebelles repentis de « déserteurs » et « obscurs personnages qui s'autoproclament commandants de troupes inexistantes ». « La louable intervention du président français en faveur de ma liberté a été dévoyée par M. Uribe et d'autres fonctionnaires du gouvernement qui y ont vu l'opportunité qu'ils recherchaient pour tenter de diviser les FARC », a déclaré Rodrigo Granda[réf. nécessaire] qui a en revanche apporté ses remerciements à Nicolas Sarkozy. Rodrigo Granda est depuis, recherché par interpol à la suite d'une demande d'un juge paraguayen pour sa présumée implication dans l'enlèvement et le meurtre de la fille de l'ancien Président du Paraguay Raul Cubas. [12]
Le 30 novembre 2007 les autorités colombiennes diffusent une vidéo de Betancourt[13].(récupérée avec une lettre de 12 pages d'Íngrid Betancourt à sa famille, suite à l'arrestation à Bogota de trois hommes appartenant aux FARC) qui daterait vraisemblablement du 24 octobre 2007[réf. nécessaire]. Elle y apparaît la tête baissée, extrêmement amaigrie et les cheveux très longs. L'otage n'y prononce pas le moindre mot. Bien que cette image ait rassuré sa famille, celle-ci déplore le gouffre[réf. nécessaire] entre la dernière preuve de vie d'Íngrid Betancourt en août 2003, une vidéo où l'otage parlait, et ce plan presque fixe.
Le 1er décembre 2007, les FARC ont laissé entendre qu'ils souhaitaient voir le président français Nicolas Sarkozy jouer un rôle accru dans le processus en cours concernant le sort des otages de la guérilla, dont Íngrid Betancourt, le gouvernement colombien aussi [réf. nécessaire]. Le 6 décembre, Nicolas Sarkozy adresse deux messages[14](l'un radiodiffusé, l'autre télédiffusé) à destination des FARC et des otages. Le président français en appelle à la fibre humanitaire du chef des FARC, Manuel Marulanda, pour libérer le plus rapidement possible Íngrid Betancourt et exprime son rêve « de voir Íngrid au milieu des siens pour Noël ».
Le lendemain de la parution de la vidéo, des extraits de la lettre qu'Íngrid Betancourt a adressée à sa mère[15]sont rendus publics. La franco-colombienne y raconte la vacuité des jours, les vexations quotidiennes et la fatigue des longues marches imposées par la fuite permanente des guérilleros. Elle explique également que ce qui compte le plus pour elle dorénavant, est d'entendre la voix de ses enfants par l'intermédiaire d'une radio abîmée en sa possession. Elle demande précisément à ce que trois messages hebdomadaires lui soient envoyés par ce biais les lundis, mercredis et vendredis. Radio France internationale, captée dans la jungle colombienne, a répondu à la demande du Comité de soutien à Íngrid Betancourt. Après un premier envoi de message le 7 décembre, l'opération est prévue pour se prolonger jusqu'à la libération de l'otage[16].
Íngrid Betancourt a reçu l'aide de l'Église catholique romaine, qui a joué un rôle actif dans les négociations.
Le 5 février 2008, deux millions de Colombiens manifestent contre les FARC. La gauche n'a pas appelé à manifester, mais la droite la plus dure et les para-militaires sont alors marginalisés car ils perdent leur monopole de la fermeté anti-Farc. Jusqu'alors critiqué par les deux camps et par une partie des médias, Alvaro Uribe apparait comme le grand gagnant. La manifestation, dont il n'est pourtant pas l'instigateur[18], le met en position de force face aux FARC comme face aux paramilitaires et leurs soutiens, jusque dans son propre parti, où le scandale de la parapolitique bat son plein. Quatre dirigeants paramilitaires dont la tête a été mise à prix sont tués par la police, arrêtés ou extradés dans les trois mois qui suivent la grande manifestation, tandis que l'arrestation un an plus tôt de Jorge Noguera Cotes, ex-chef des services secrets, après des révélations de presse fracassantes, a fragilisé tout l'édifice paramilitaire.
Le 28 février 2008, un otage des FARC libéré quelques jours auparavant informe la France de l'état de santé alarmant d'Íngrid Betancourt. Il aurait précisé à Nicolas Sarkozy qu'Íngrid Betancourt subissait de multiples sévices, vivait dans des conditions inhumaines et était extrêmement affaiblie après avoir contracté une hépatite B. Le président de la République s'est exprimé sur le sujet le jour-même, disant entre autres que la libération de l'otage était une question de vie ou de mort et qu'il était prêt à venir chercher Íngrid Betancourt à la frontière colombienne si telle était une condition posée par les FARC. Les enfants de l'otage se sont dits "extrêmement angoissés" par la situation de leur mère[19].
Le 1er mars 2008, à la suite d'une opération menée par l'armée colombienne, Luis Edgar Debia Silva, dit Raúl Reyes, considéré comme le numéro 2 des FARC, est tué en territoire équatorien (à 1,8 km de la frontière colombienne), avec plusieurs autres membres importants de la guérilla[20]. Si le gouvernement colombien considère ce résultat comme l'un des coups les plus durs portés aux FARC, et s'en félicite, la famille d'Íngrid Betancourt s'inquiète de ce qu'il puisse avoir des répercussions négatives sur son éventuelle libération.
Concernant les circonstances de la mort du numéro deux des FARC et ses conséquences sur le sort d’Íngrid Betancourt l’ambassadeur de France en Équateur a laissé entendre quelques jours après la mort de Raul Reyes que les États-Unis seraient impliqués, sans apporter plus de précision. Par ailleurs Fabrice Delloye, ex mari d'Íngrid Betancourt, dans une interview au journal France Soir précise que le 26 février, une réunion à Panama a réuni les délégués des pays médiateurs (Espagne, France, Suisse, NDLR) et le haut-commissaire colombien pour la paix Luis Carlos Respreto. Selon lui les délégués ont annoncé qu’ils allaient rencontrer Raul Reyes. L'officiel colombien leur aurait répondu que c'était très bien de vouloir rencontrer Reyes. Or toujours selon Fabrice Delloye, dans la nuit du 1er mars, le président colombien, Alvaro Uribe décide sciemment de faire abattre Reyes en territoire équatorien sans prévenir les présidents des états médiateurs, ni le président Correa alors qu’il commet un acte de guerre dans son pays.
Dans une interview au journal colombien Cambio, la sénatrice Piedad Cordoba confirme et précise que Noël Saez, assesseur du gouvernement français aurait confié à l'un de ses amis qu'il se sentait responsable de la mort de Reyes, car il croyait que c'est suite à son appel que le chef guérillero avait été localisé[réf. nécessaire].
Lors d'un point de presse officiel le 7 mars 2008, le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, confirme que la France est en contact avec le numéro 2 des FARC, Raul Reyes, quelques jours avant sa mort, alors que le 5 mars 2008, Laurent Wauquiez, porte-parole du premier ministre français François Fillon, affirme qu'il n'est « pas récemment » en contact avec Paris à propos d'Íngrid Betancourt.[21]
Des lors les FARC présentent cette action militaire comme un "grave revers"[22] pour la libération d'Íngrid Betancourt et d'autres otages, qui était, selon la guérilla, en cours de négociation avec les présidents français, équatorien et vénézuélien (négociations confirmées à des degrés divers par ces trois pays). Raul Reyes aurait en effet été, selon les FARC, leur porte-parole dans ces difficiles négociations. L'événement entraîne également une crise entre la Colombie et les pays voisins : l'Équateur, qui proteste contre l'incursion de l'armée colombienne sur son territoire, et le Vénézuela, que la Colombie accuse d'appuyer les FARC, en se basant sur des documents retrouvés dans l'ordinateur portable de Raul Reyes. Un groupe d'experts en affaires internationales, dont John Womack, de l'Université Harvard, et Larry Birns, du Conseil des Affaires Hémisphériques des USA ont précisé selon un compte rendu rapporté par TeleSUR que la Colombie avait exagéré à des fins politiques le contenu de ces ordinateurs. Selon eux mais également selon José Miguel Insulza « de manière évidente il n'existe pas de preuves qui lient le Vénézuéla avec les rebelles colombiens » notamment sur le plan financier.
Dans la nuit du 28 au 29 mars 2008, un Falcon 900, envoyé par l'Élysée, s'est posé "discrètement" sur la piste de Cayenne, en Guyane française (information reprise dans le Journal du Dimanche du 30 mars 2008) : il s'agit d'un avion médicalisé, garé sur une base militaire, en attente d'un dénouement dans l'affaire Betancourt, et la libération de l'otage, après qu'un médiateur colombien a affirmé jeudi 27 mars 2008 qu'Íngrid Betancourt serait atteinte d'une hépatite B, d'une leishmaniose et souffrant de malnutrition. Suite à ces informations plus qu'alarmantes, le Président Colombien Alvaro Uribe, lance un appel aux FARC le même jour, en proposant la libération de tous les guérilleros y compris les prisonniers FARC condamnés pour crime contre l'humanité, en échange de la libération d'Íngrid Betancourt (proposition jugée "illégale" par la Fiscalia de Colombia et l'ONU le 28 mars).
Par la suite, le dimanche 30 mars 2008, cet avion redécollera de la base militaire de Rochambeau, à 15km de Cayenne, en Guyane française, pour rejoindre Paris (décollage à 6h56 heure locale, 11h56 heure de Paris). L'avion repart vide : certaines sources militaires évoquent alors une opération de renfort pour l'opération "Harpie", destinée à lutter contre la clandestinité, lancée un mois plus tôt par Nicolas Sarkozy, président de la République Francaise : une certaine confusion plane alors sur les raisons exactes des fonctions réelles de l'avion (resté 36h à Rochambeau). L'Elysée confirmera dans la journée qu'un autre avion médicalisé reste en alerte permanente à Villacoublay, base militaire située près de Paris, prêt à décoller à tout moment, en cas de dénouement dans l'affaire Betancourt.
Quelques heures plus tard, le Premier Ministre Francais, François Fillon, affirmera au Journal Télévisé de 20h de TF1, en France, que le pays reste prêt à accueillir des guérilleros des FARC, qu'il qualifiera de "militant", si eux-mêmes libèrent Íngrid Betancourt. Dans une interview sur France Inter, le Premier Ministre Français ira plus loin en proposant le statut de réfugié politique aux guerilleros du FARC.[23] L'association France Terre d'asile réagira promptement en rappelant que le statut de réfugié politique ne peut être accordé à une personne dont on aura de sérieuses raisons de penser qu’elles ont commis un crime contre la paix, un crime de guerre ou un crime contre l’humanité.[24] La réponse des FARC sur ces évènements et la proposition relayée par Paris et Bogota se fait alors attendre.
Mardi 1er avril 2008, le journal La Tribune rapporte la publication lundi par l’Agence de presse bolivarienne, basée au Venezuela, d'un communiqué des FARC.
Dans cette lettre datée du 20 mars, Ivan Marquez, un des sept leaders des Forces armées révolutionnaires de Colombie, explique qu’après l'attaque, qui a causé la mort du commandant Raul Reyes, il était clair qu’« il n’y aurait pas de rencontre avec la délégation française en vue d’étudier la libération d’Íngrid ».
Après une réunion avec le comité de soutien à Íngrid Betancourt, Nicolas Sarkozy enregistre un second message à l'adresse des FARC et de Manuel Marulanda, mardi 1er avril 2008, pour lui demander de « libérer immédiatement Íngrid Betancourt » ; il ajoute : « ce serait un crime de ne pas la relâcher ».
Mercredi 2 avril 2008, le gouvernement français annonce l'envoi d'une mission humanitaire composée de Noel Saez (ancien consul français à Bogotá), Daniel Parfait (diplomate) et un médecin pour « accéder à notre compatriote Íngrid Betancourt ».
Dans un communiqué via leur agence de presse ANNCOL, ils auraient qualifié l'attitude de Nicolas Sarkozy de naïve.
Le 8 avril la guérilla des Farc a qualifié « d'irrecevable » la mission humanitaire, excluant ainsi d'agir sous « la pression médiatique ».
De plus, les FARC assurent à travers un communiqué diffusé par l'agence ANNCOL et rapporté dans l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur du 3 avril que la France est un pays capitaliste, que son président est de droite et qu'ils ne savent pas quelles sont les limites de la sincérité du président français. Comme le rapporte également l'agence proche de la guérilla, ils gardent le souvenir de la fâcheuse expérience de l'appel téléphonique de membres du gouvernement français qui a permis de localiser le camp de Raul Reyes, ce qui a servi à l'armée colombienne, avec le soutien des États-Unis, à procéder à son exécution.
Source :
www.monde-magouilles.com/.../onde-magouilles.com/betancourt.php