LORD ANTHONY CAHN
Lord Anthony Cahn a toujours aimé les murs. Comme tous les graffiteurs, il n’avait qu’une obsession : trouver le mur. C’est cette quête qui lui donne les moyens de son art. Il réhabilite le mur et l’élève au rang d’œuvre d’art, hommage ultime à ce support qui a fait de lui un artiste.
Né en 1977, il se révèle dès les années 1980 avec le street art et va recouvrir les murs de son tag frénétique. Il s’approprie les rues de Paris, ses chantiers et son métro en les tagguant de différents pseudonymes. Naît alors cette relation particulière, intime même, entre Lord Anthony Cahn, la ville et ses murs. Puisque ces derniers lui ont permis de se réaliser en tant qu’artiste, il s’évertue en retour à les sublimer.
Dans les années 1990, il commence une formation de maquettiste en bijouterie. Son obsession du volume inhérente à la peinture à la bombe, on ne peut plus plane, prend une nouvelle dimension avec cette expérience. Pas de révélation pour la bijouterie, certes, mais bien pour ses instruments et ses procédés, dont il usera à grande échelle en tant que plasticien.
Commence alors son entreprise de « mettre la ville sous verre ». Il parvient à bonifier le trop plein de papiers qui inondent boîtes aux lettres et jusqu’aux murs de nos villes, les recyclant en sa palette. Les imprimés d’enveloppes font office de papiers peints, ses œuvres évoquent ainsi ces immeubles détruits dont il ne reste plus qu’une façade. Ces toiles nous montrent l’envers du décor, l’empreinte du temps sur la ville dont le mur est le réceptacle. En prenant le parti de coller le verso des affiches, Lord Anthony Cahn inverse le point de vue du spectateur : il ne le fait pas simplement passer de l’autre côté, mais bien à l’intérieur.
Pourtant, ce n’est pas encore assez. Malgré la découpe et la soudure, ce n’est pas encore assez de volume. Il prend à bras le corps ce défi de relief et érige, brique après brique, son propre mur. Ingénieusement, il fait du support l’œuvre même. Sa formation de maquettiste joue encore une fois un rôle fondamental, lui permettant de faire d’un mur une sculpture. Le mur devient œuvre. Loin de se contenter d’une seule matière, ses briques sont aussi faites de verre, de plexiglas ou de métal…
C’est un véritable tour de force que son exposition « Wall Street Art », dévoilant ces murs à l’intérieur même de la galerie Pierre Cardin, il offre à sa peinture la dimension pleine et entière qu’elle mérite.
Démultipliant les points de vue plus que jamais, l’intelligence de ses écritures résonne d’autant mieux. Car entre les briques de ses murs, Lord Anthony Cahn a su réserver une place à l’humour. Il joue des mots et de leur polysémie, à l’instar de ces graffitis comme des déclarations, qui vous étreignent quelques secondes, mais pour longtemps.
Lucille Igersheim